PATHOLOGIE DIGESTIVE ET RAMADAN

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Algerie medic

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PATHOLOGIE DIGESTIVE ET RAMADAN

Message par Algerie medic »

PATHOLOGIE DIGESTIVE ET RAMADAN


1_ LE JEÛNE EST-IL BENEFIQUE ? Oui, les bénéfices du jeûne sont innombrables comme le
signalent le verset coranique (verset 182 sourate Al Bakara) et d’autres hadits. Cependant, le
jeûne doit obéir à un certain nombre de règles afin qu’il n’ait que des conséquences bénéfiques
sur l’organisme.

2_ QUELS SONT LES BENEFICES DU JEÛN ? Les bénéfices religieux sont évidents comme
le signalent plusieurs versets coraniques et hadiths. Quand aux bénéfices médicaux, ils sont
nombreux mais on peut les résumer en : -Bénéfices concrets : Diminution du poids, repos relatif
du tube digestif, repos relatif du muscle cardiaque, amélioration de la respiration, baisse relative
de la tension artérielle et diminution du taux des lipides. -Bénéfices généraux : Renforcement
de la volonté et diminution de la libido. Ce mois sacré est aussi une occasion en or pour le
sevrage (Tabac, Alcool ...)

3_ DOIT-ON JEÛNER POUR GUERIR ? Non, malgré tous ses effets bénéfiques, le jeûne ne
doit pas être considéré et ne doit pas être recommandé comme un traitement visant à guérir
certaines maladies. Il doit plutôt être considéré comme un moyen de prévention.


4_ LE MALADE EST-IL DISPENSE DE JEÜNER ? En principe oui, car tout malade est
dispensé de jeûner, quelque soit la maladie, le signale le verset184 de la sourate Al Bakara.
Cependant, cette autorisation de ne pas jeûner dépend de la volonté du patient (voir verset 183
de la sourate Al Bakara) ainsi que de l’avis de son médecin traitant. Un malade n’ayant donc
pas une contre-indication absolue peut, s’il se sent capable, jeûner malgré sa maladie.

5_ LE JEÛNE ENTRAINE-T-IL DES MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUES ? Oui, elles sont
nombreuses : Modifications hormonales : Diminution des sécrétions basales d’insuline, des
hormones sexuelles et thyroïdiennes e de la gastrine alors que la synthèse du glucagon, de
l’hormone se croissance et du cortisol augmentent. L’absence d’apports hydriques pendant le
jeûne va entraîner une adaptation de l’organisme en réduisant les pertes hydriques.
Modifications biologiques comme ceux de la glycémie, de la calcémie, du taux du cholestérol
total… Ainsi, ces différentes modifications aboutissent à un nouveau cycle semi-circadien.

6_ RAMADAN ET MODIFICATION DU RYTHME DE VIE ? Ces modifications sont nombreuses
et prennent plusieurs aspects : Modifications diététiques : Les repas deviennent peu fractionnés
et subissent des modifications qualitatives et quantitatives (augmentation de la ration
alimentaire et calorique, changement des horaires des repas, modification de la composition
des repas qui deviennent pauvres en fruits et légumes). Troubles du sommeil : Une diminution
du temps de sommeil de 2-4 heures avec un sommeil court et fractionné est signalée. Ce
manque de sommeil peut entraîner des comportements agressifs contradictoires avec la
philosophie du Ramadan. Changement d’activité : Diminution globale de l’activité physique avec
peu d’exercice physique ou au contraire exercice nocturne, réduction du nombre d’heure e
travail, activités religieuses renforcées, modification du programme social et familial,… Ces
modifications du rythme de vie que certaines personnes adoptent vont avoir des conséquences
parfois néfastes sur la santé.


7_ QUELLES SONT LES CONSEQUENCES DU JEÛNE SUR LE TUBE DIGESTIF ? Le jeûne
rapporte un repos remarquable au tube digestif lui donnant une possibilité de se rétablir et
régénérer. Cependant, il peut exposer aussi à des troubles digestifs du fait notamment des
modifications de la sécrétion gastrique apportée par certaines études, à savoir l’augmentation
de la sécrétion acide et de l’activité des pepsines par rapport à la période pré et post-Ramadan.
Cette augmentation persisterait une à deux semaines après le Ramadan. A noter aussi
l’absence, durant toute la période du jeûne, du pouvoir tampon des aliments sur la sécrétion
acide gastrique.

8_ QUELLES SONT LES PATHOLOGIES DIGESTIVES QUI INTERDISENT LE JEÜNE ?
Certaines pathologies digestives représentent des contre-indications du jeûne en raison des
conséquences qu’il peut avoir sur la prise en charge ainsi que sur l’évolution de ces pathologies
: ° Ulcère gastroduodénal évolutif (contre-indication relative) ° Néoplasies du tube digestif °
Cirrhoses décompensées ° Maladies aigues et poussées aigues des maladies chroniques.

9_ LS EXPLORATIONS DIGESTIVES ET LES MEDICAMENTS UTILISES EN
HEPATO-GASTRO-ENTEROLOGIE SONT-ILS DES ARGUMENTS DE RUPTURE DE JEUN ?
Non, ne sont pas considérés des arguments de rupture de jeûne : ° Les explorations digestives
suivantes : Le toucher rectal, l’endoscopie digestive haute et basse, la ponction-biopsie
hépatique. ° Les thérapeutiques suivantes : Les suppositoires, les lavements évacuateurs,
prise d’une voie veineuse pour prélèvement sanguin ou pour administrer des médicaments, les
injections intraveineuses ou intramusculaires à visée curative, l’oxygène et des gaz
anesthésiques.

10_ Y a-T-IL DES PATHOLOGIES DIGESTIVES DONT LA FREQUENCE AUGMENTE AU
COURS DU RAMADAN ? OUI ? CERTAINES PATHOLOGIES DIGESTIVES SERAIENT
APPAREMMENT PLUS Fréquentes AU COURS DU MOIS DE RAMADAN POSANT AINSI
DES PROBLEMES DE PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE. IL S’AGIT DES Ulcères
GASTRO-DUODENAUX, DES TROUBLES FONTIONELS DIGESTIFS (SURTOUT LA
DYSPEPSIE ET LA CONSTIPATION) ET DU REFLUX GASTRO-DUODENAL ;

11_ DYSPEPSIE ET RAMADAN ? Les troubles dyspepsiques sont apparemment plus
fréquents au cours du mois de Ramadan. En effet, une étude a montré qu’environ
10% des personnes interrogées (N= 1923) présentent des troubles dyspeptiques au cours du
mois de Ramadan. La physiopathologie de ces troubles est mal connue bien qu’il s’agit très
probablement d’une conséquence de l’existence d’une hypersécrétion acide ainsi que des
modifications alimentaires au cours de ce mois. La prévention nécessite le respect d’une bonne
hygiène de vie avec une alimentation équilibrée et variée.

12_LA MALADIE ULCEREUSE GATRO-DUODENALE EST-ELLE PLUS FREQUENTE AU
COURS DU MOIS DE RAMADAN ? Les études sont discordantes : Certaines n’ont pas montré
de différence significative avant, au cours et après Ramadan. Cependant, d’autres études ont
montré une augmentation significative de l’incidence des UGD et surtout du taux des péritonites
par perforation ulcéreuse au cours du mois de Ramadan. La complication hémorragique ne
semble pas augmenter de fréquence au ours du Ramadan. L’évaluation exacte de l’impacte du
Ramadan sur la maladie ulcéreuse gastro-duodénale des études prospectives contrôlées
(jeûneurs vs non-jeûneurs) qui sont très difficiles à réaliser pour deux raisons :
° La conviction religieuse des patients prime sur toutes autres considérations.
° L’étude doit se faire sur une longue période(en principe 33 ans pour couvrir tout le cycle
lunaire) afin d’éviter le biais de l’influence des saisons sur l’incidence de la maladie ulcéreuse et
de ses complications.

13_ QUELLES SONT LES CAUSE PHYSIOPATHOLOGIQUES POUVANT ENTRAINER UNE
AUGMENTATION DE LA FREQUENCE DE LA MALADIE ULCEREUSE
GASTRO-DUODENALE AU COURS DU RAMADAN ? L’Hélicobacter Pylori(HP) est
actuellement le principal acteur impliqué dans la genèse de la maladie ulcéreuse ; cependant,
au cours du mois de Ramadan, l’augmentation de l’incidence de la maladie ulcéreuse et de la
perforation aurait comme principal facteur causal l’exacerbation des mécanismes d’agression
de la muqueuse gastro-duodénale au cours du jeun. En effet, on observe au cours du Ramadan
:
° Une augmentation du stress en raison des veillées prolongées responsable d’une tension
diurne.
° Une hypoglycémie responsable d’une excitation du nerf vague qui induirait une
hypersécrétion acide.
° La vacuité gastrique inter prandiale prolongée, surtout en absence de la prise du repas du
Shour, entraîne une absence de tamponnement alimentaire de la sécrétion acide.

14_LE MALADE AYANT UN UGD CICATRISE PEUT-IL JEÛNER ? Les études disponibles,
bien que rares, ont montré que le patient ayant un ulcère gastro-duodénale cicatrisé peut
jeûner. Deux situations se distinguent : ° Ulcère cicatrisé avec éradication d’HP prouvée : jeûne
sans traitement préventif. ° Ulcère cicatrisé sans éradication ou éradication non prouvée :
nécessité de débuter un traitement à base d’inhibiteur de la pompe à proton au moins une
semaine avant le mois du ramadan et le poursuivre au moins deux semaine après, voir un mois
si le patient envisage de jeûner les 6 jours du mois de CHAWAL.

15_LE MALADE AYANT UN UGD EVOLUTIF NON COMPLIQUE PEUT-IL JEÛNER ? Tout
patient ayant un UGD évolutif compliqué ne doit absolument pas jeûner. De même, un patient
ayant un UGD évolutif non compliqué ne doit pas jeûner car sa maladie est en poussée (verset
184 – sourate Al Bakara). Cependant, si le patient désire absolument jeûner, deux études (une
tunisienne et une menée actuellement dans notre service) montrent qu’il peut jeûner sans
risque accrue de complications à condition d’un traitement adéquat de la maladie ulcéreuse.
D’autres études prospectives multicentriques incluant plus de patients sont très souhaitables.


16_ QUELS CONSEILS HYGIENO-DIETETIQUES PEUT-ON DONNER AU GRAND PUBLIC
ET AUX PATIENTS AU COURS DU RAMADAN ?
° Une alimentation fractionnée et équilibrée qualitativement et quantitativement (Eau++, fruits et
légumes+++, éviter les excès de sucres rapides et de graisses).
° Le repas de Shour est très important, il doit comprendre des boissons abondantes(les
produits laitiers+++), des aliments contenant des sucres lents comme les semoules, les farines,
les céréales…, et des fruits.
° Le repas de rupture du jeûne doit être léger et complet afin de laisser le temps au tube
digestif de digérer les premiers aliments et de permettre des activités telles que : prière,
marche,…
° Prendre le dîner 2 à 3 heures après la rupture du jeûne, le quel dîner devant être équilibré et
surtout riche en fruits et légumes.
° Faire une sieste l’après-midi.
° Ne pas dormir immédiatement après avoir mangé.
° Eviter les veillées prolongées. ° Saisir le mois de Ramadan comme une occasion en or pour
le sevrage (tabac,...).
° Je jeûne de quelques jours du mois de Chawal (très conseillé par notre religion) est une
pratique très importante puisque le jeûne des quelques jours de Chaabane constitue un
entraînement de notre organisme au jeûne du mois de Ramadan et celui des quelques jours du
mois d Chawal constitue un retour progressif à la normale.

17_PRESCRIPTION MEDICAMENTEUSE AU COURS DU RAMADAN ? Au cours du mois de
Ramadan, on note souvent une altération de l’efficacité thérapeutique en raison d’une mauvaise
observance médicamenteuse. Pour améliorer cette efficacité, des aménagements
thérapeutiques peuvent êtres proposés.
° Si les inhibiteurs de la pompe à proton sont prescrits, il vaut mieux les prendre avant le repas
du Shour
° Pour les médicaments à prise unique, nous conseillons de les prendre au moment du Ftour.
° Pour les médicaments à 2 prises par jour, nous conseillons de les répartir entre la rupture du
jeûne et le repas du Shour/
° préférer la prescription de la forme à libération prolongée quand elle existe.
° Ne pas oublier qu’on peut soulager en urgence un malade qui souffre en utilisant la voie
intramusculaire ainsi que la voie rectale.


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